J’ai commencé le karaté Uechi-Ryu à l’âge de 20 ans, au début de l’année 1962, avec Toyama Seiko Sensei. Au lycée, j’avais pratiqué le kendo pendant trois ans, mais en devenant étudiant à l’Université des Ryukyus, j’ai choisi le karaté, car j’avais le désir de pratiquer cet art martial depuis mon enfance.

Le dojo de Toyama Sensei n’était pas loin de chez moi et le Uechi-Ryu avait la réputation d’être un style moderne, très pratique et efficace dans l’Okinawa des années 1960. Le Shorin-Ryu et le Goju-Ryu étaient alors considérés comme trop traditionnels. Le Uechi-Ryu, quant à lui, était perçu comme un style nouveau et moderne, tout simplement parce qu’il mettait l’accent sur le jiyu-kumite (combat libre), qui n’était généralement pas pratiqué dans les autres styles.
À notre époque, l’entraînement avait lieu six soirs par semaine. Les dojos étaient privés et installés dans une partie de la maison de chaque sensei. Nous avions la chance de nous entraîner tous les jours de 19h00 à 22h30.
Il ne fallait qu’une année aux élèves les plus studieux pour obtenir le premier Dan.

11/1965, karaté démonstration au Ryukyus Université, j’étais capitaine de karaté club.
Le dojo du Soke à Futenma était le centre de tous les dojos Uechi-Ryu. C’était le lieu des passages de grades ainsi que des stages. Nous pouvions y recevoir l’enseignement de Kanei Sensei, deuxième génération de Soke Uechi-Ryu. Kanei Sensei passait ses journées entières au dojo, vêtu de son karate-gi. Je me souviens avoir eu souvent la chance de bénéficier d’un enseignement presque particulier durant certaines après-midis.
En mars 1969, j’ai quitté Okinawa pour Tokyo afin de travailler. J’ai trouvé un poste dans une entreprise fabriquant des pièces destinées aux centrales nucléaires, où j’étais chargé de traduire des documents techniques américains.

Juin 1971, une soirée organisée pour m’encourager à mon départ à Martinique
J’y ai travaillé pendant presque trois ans. Au début de l’année 1971, j’ai reçu une lettre de Kanei Sensei m’informant que le directeur d’un institut de judo en Martinique recherchait un professeur de karaté. Il me suggérait de le contacter, car je maîtrisais l’anglais.
Cette nouvelle m’a réjoui, car j’avais toujours rêvé de partir à l’étranger en tant qu’ancien étudiant en anglais. Finalement, je suis parti pour la Martinique en août 1971. J’y suis resté deux ans, mais je n’ai malheureusement pas eu le temps de former un successeur en raison de la courte durée de mon séjour.

1972 en Martinique
En juillet 1973, j’ai quitté la Martinique pour m’installer dans la région lilloise. À cette époque, le karaté était un art martial encore récent mais extrêmement populaire. Dès septembre 1973, j’ai commencé à enseigner le Uechi-Ryu à Lille.
En juillet 1974, j’ai animé un stage en Slovénie. Ce fut mon premier stage dans un autre pays que la France et également ma première mission de diffusion du Uechi-Ryu en Europe. La petite graine semée à cette époque est devenue aujourd’hui un grand arbre grâce aux immenses efforts des pratiquants slovènes.
En juin 1976, je suis retourné au Japon avec ma famille et me suis installé à Tokyo, où j’ai travaillé à la succursale du Crédit Lyonnais.
En juin 1984, je suis revenu en France avec ma famille afin d’assurer l’éducation de mes enfants franco-japonais et aussi parce que je souhaitais poursuivre la diffusion du Uechi-Ryu en France. Nous avons vécu en Normandie pendant près de deux ans.
Au début de l’année 1986, nous avons déménagé à Carrières-sur-Seine, en région parisienne. J’ai eu la chance de pouvoir y créer un club de karaté à partir de septembre 1986. Ce fut le premier véritable pas vers un enseignement officiel du Uechi-Ryu en France.
Heureusement, j’ai obtenu un poste dans une banque japonaise à Paris. Grâce à cette stabilité financière, je pouvais me consacrer pleinement à l’enseignement du karaté. Au milieu des années 1980, le karaté était déjà largement diffusé en France. Les clubs étaient nombreux et l’enseignement du karaté seul ne permettait pas de faire vivre une famille.

Août 1985, l’entrainement au Soké Dojo pendant mes vacances à Okinawa
Je me suis occupé du karaté club de Carrières-sur-Seine pendant près de 35 ans. Parallèlement, j’ai animé des stages de Uechi-Ryu dans de nombreuses régions françaises ainsi que dans plusieurs pays étrangers, notamment la Belgique, l’Espagne, le Portugal, le Maroc, la Slovénie, la Pologne et la Russie.
Près de quarante années se sont écoulées depuis mes premiers cours de Uechi-Ryu. Aujourd’hui, il existe une dizaine de clubs Uechi-Ryu en France, dirigés par des hauts gradés titulaires des 6ème et 7ème Dan reconnus par la FFKDA et par Uechi-Ryu Soke. Dans les autres pays européens également, les enseignants ont atteint les grades de 6ème ou 7ème Dan sous l’autorité de Uechi-Ryu Soke.
Ma fidélité, ma loyauté et mon attachement à Uechi-Ryu Soke ont toujours été inébranlables, même si j’ai vu de nombreuses personnes quitter l’organisation après le décès de Kanei Sensei en 1991.
Je n’oublierai jamais la bienveillance dont j’ai bénéficié de la part de Kanei Sensei et de Kanmei Sensei. J’ai souvent reçu un enseignement presque individuel de Kanei Sensei, deuxième Soke. J’ai ensuite reçu le 9ème Dan de Kanmei Sensei, troisième Soke, puis aujourd’hui le 10ème Dan de Kansho Sensei, quatrième Soke.
J’en suis extrêmement fier, car je pense qu’il n’existe probablement personne d’aussi privilégié que moi dans toute l’histoire du Uechi-Ryu.

2008 – Carrière sur Seine
L’une des raisons de mon retour en France était de diffuser et de développer le Uechi-Ryu Soké dans ce pays ainsi que dans le reste de l’Europe. Après quarante années d’engagement, je considère que mon rôle est presque accompli. Les responsables français et européens sont aujourd’hui pleinement conscients de leurs responsabilités et disposent de toutes les compétences nécessaires pour poursuivre le développement du Uechi-Ryu Soké. J’en suis convaincu.
Je vous remercie infiniment tous, car ce 10ème Dan décerné par Uechi-Ryu Soké est aussi le fruit de votre immense dévouement et de votre coopération.
Je vous remercie également par avance pour votre sincère considération et pour l’unité solide qui permettra de poursuivre le développement du Uechi-Ryu Soké en Europe.
Y. Shimabukuro
19 juin 2026

